News du 08/07/2010
The Final Frontier d'Iron Maiden : la chronique titre par titre
Mercredi 7 juillet 2010, la presse était cordialement invitée à venir écouter le nouvel album d'Iron Maiden, The Final Frontier, le quinzième effort studio du groupe en trente-cinq ans de carrière. L'écoute avait lieu chez EMI, la maison de disques des anglais. À l'entrée de la salle de conférence, ça ne rigole pas : contrat à signer et passage au détecteur de métaux pour tout le monde. Sur la cinquantaine de journalistes présents, on remarque rapidement que la moyenne d'âge n'est pas à la vingtaine et que la gente féminine n'est pas vraiment majoritaire. Au bar, des packs de bières entiers sont à discretion, ce qui semble faire le bonheur de tout le monde. Les derniers arrivants une fois passés au crible fin, l'écoute peut enfin débuter. Chez MusiqueMag, nous avons décidé de nous y rendre à deux : d'un côté Olivier, journaliste qui connaît bien Iron Maiden et qui a déjà interviewé les membres du groupe à plusieurs reprises; de l'autre Guillaume, rédacteur dont les goûts musicaux n'ont jamais croisé le chemin de la bande à Steve Harris. Chronique de leurs impressions à chaud titre par titre.
01. "Satellite 15... The Final Frontier" [08:40]
Olivier : Waouh ! Ça commence par une intro digne d'un mélange entre Alien et Terminator. Dès les premiers secondes, Iron Maiden témoigne d'un son ambitieux galactique pour The Final Frontier. Le Eddie 2010 sera un zombie mi-extraterrestre, mi-cyborg. Nicko McBrain nous martèle une longue intro tribale, histoire de souligner que pour sa 15ème aventure, Iron Maiden, à l'instar de l'équipage de Star Treck, s'apprête à nous faire voyager au-delà des frontières. Ces 8'40" sont épiques à souhait. Divisé en trois parties, "Satellite 15..." se termine par une course poursuite pendant laquelle Bruce Dickinson chante au minimum trente fois de suite "The Final Frontier !", histoire que l'on saisisse bien le titre du disque. Une entrée en matière plutôt réussie.
Guillaume : Iron Maiden aurait-il choisi de se passer de chanteur sur ce nouvel album ? Cela fait trois minutes que le morceau a commencé et toujours pas la moindre trace sonore de Bruce Dickinson. Finalement, le chanteur et sa voix haut-perchée sont bel et bien là et malgré la longueur du titre, le morceau passe plutôt bien. Très bien même.
02. "El Dorado" [06:49]
Guillaume : L'enchaînement avec "El Dorado" est immédiat. Heureusement qu'il y a un écran géant qui affiche le nom des chansons, sinon je n'aurais pas capté qu'on avait changé de morceau. Olivier commence à taper du pied. Sûrement le signe que c'est un bon titre... À moins que ça soit parce qu'il connaît déjà le morceau qui est en téléchargement gratuit depuis quelques jours.Olivier : "El Dorado" est effectivement déjà connu des fans pour avoir été gracieusement offert sur le site du groupe. Encore un titre en plusieurs parties. Ça commence par la basse de Steve Harris avant de se lancer dans une suite de riffs très AC/DC assez surprenante de la part d'Iron Maiden. D'autant plus que Bruce embraye ses paroles avec un "I Got To Tell You A Story". Une référence à "Whole Lotta Rosie" ? Le reste est pas trop mal. Ca parle de pyramide en or avec des cavalcades de solos des trois mousquetaires Jannick Gers, Adrian Smith et Dave Murray. Dickinson se paie même un rire démoniaque en plein couplet.
03. "Mother of Mercy" [05:20]
Olivier : Intro en arpèges. Ambiance "Je suis un marin et je pars combattre la sorcière des mers". On croirait presque entendre du biniou breton pour le coup ! Bruce Dickinson envoie tout le trémolo qu'il peut. À tel point qu'il s'en crotterait le froc. The Final Frontier s'annonce comme l'album le plus progressif metal de la Vierge de Fer. Mais on ne peut lui enlever sur ce début de disque une envie certaine de se renouveler.Guillaume : Ce titre ne dure que 5'20", ce qui d'après mes premières constatations doit être l'équivalent du 3'30" standard de presque tous les autres groupes du monde. Les trois guitares (c'est mon connaisseur de voisin qui me l'a soufflé) ne cavalent pas autant sur cette chanson que sur les deux premières. Mon attention commence à retomber.
04. "Coming Home" [05:52]
Guillaume : Le couplet de "Coming Home" pourrait sans problème figurer sur une balade des Guns N'Roses. C'est avec ce genre de morceau que je m'aperçois à quel point des groupes comme Avenged Sevenfold ont tout pompé sur Iron Maiden.Olivier : Intro à la Metallica avant d'enchaîner une partie en arpèges à la Guns N'Roses. Le refrain se laisse emmener par un balancement primesautier. "Coming Home" paraît jusque là le moins bon titre de l'album. Iron Maiden en fait encore des tonnes. Parfois un peu gratuitement. L'épuration, on ne connait pas chez Steve Harris.
05. "The Alchemist" [04:29]
Olivier : "The Alchemist" est le titre le plus direct et le plus immédiat de The Final Frontier. Maiden joue la carte des eighties. On pense aux premiers albums du groupe avec Bruce Dickinson. "The Alchemist" donne presque envie d'embarquer pour Fort Boyard, de tirer sur la barbe de ce gros coquin de Père Fourras puis affronter les mygales main dans la main avec Passe-Partout.Guillaume : Même réflexion que sur le morceau précédent : on dirait que l'intro de "The Alchemist" a été reprise des dizaines de fois par des groupes comme Bullet For My Valentine et compagnie. Même si je n'ai jamais écouté le moindre album d'Iron Maiden, force est de constater qu'un paquet de nouveaux groupes s'en inspirent grandement, parfois même à la limite du plagiat.
06. "Isle of Avalon" [09:06]
Guillaume : La maison de disques vient d'installer le buffet derrière les rangées de sièges. Curieusement, la plupart de nos confrères abandonnent leur calpins et leur stylos pour aller vérifier si le son est aussi bon au fond de la salle. On les rejoint.Olivier : Pièce charnière du disque, "Isle Of Avalon" ne fait pas dans la demi-mesure. Un morceau qui demande certainement plusieurs écoutes avant de totalement se dévoiler. Du coup, on est un peu perdu dans ce trip intergalactique. En neuf minutes, Guillaume a eu le temps d'aller trois fois jusqu'au buffet de mini burgers offerts par EMI.
07. "Starblind" [07:48]
Olivier : "Starblind" sonne comme la prolongation de "Isle Of Avalon". On a beau vouloir suivre, on commence à avoir la tête qui tourne. Le manque d'orientation commence à être évident. Romain Perrot, mon collègue de Batteur Magazine assis à ma gauche, écrit "Drumming très intéressant" sur sa feuille. J'en conclue que Nicko Mc Brain a beau avoir le nez de boxeur de plus en plus affirmé, il sait toujours balancer de bonnes grosses patates. Le Rocky du heavy metal british en somme. Guillaume ne sait plus quoi écrire. Du coup, il pompe aussi sur les notes de Romain.Guillaume : Après un rapide calcul, un titre d'Iron Maiden dure en moyenne entre 6 et 7 minutes. Je gribouille sur ma feuille et je réalise que je n'ai pas grand chose d'autre à dire sur cette chanson. Je jette un coup d'oeil sur les notes de Romain Perrot qui a écrit "Très intéressant". "Starblind" est donc un morceau très intéressant.
08. "The Talisman" [09:03]
Guillaume : Là, rien que le titre c'en est déjà trop. L'intro ressemble à la complainte d'un ménestrel. La blague dure deux minutes puis d'un seul coup le groupe envoie la sauce. C'est reparti pour une chevauchée fantastique de 6 minutes. De mon côté, je chevauche fantastiquement en direction du buffet où il reste quelques mini-quiches...Olivier : Grand Galop est une série australienne dans laquelle des jeunes filles en fleur s'amourrachent de chevaux à la longue queue. Grand Galop aurait aussi pu être le sous titre pour ce huitième morceau qui remue du sabot. On se croirait presque à Longchamps. Après une intro moyennageuse au possible, genre je chantonne pour la demoiselle du château, Iron Maiden envoie la grande cavalerie comme il sait si bien le faire. Mais comme ça dure neuf minutes, il y a du "cliffhanger" à gogo. Iron Maiden ou l'art du suspense musicale.
09. "The Man Who Would Be King" [08:28]
Olivier : Plus la fin de l'album se rapproche, plus on se dit que The Final Frontier distille un parfum progressif seventies que n'aurait pas renié King Crimson. The Final Frontier est l'anti Lady Gaga. Pas de refrain au bout de trente secondes. Au contraire. Iron Maiden a choisi la complexité et le jeu de pistes. A vrai dire, à ce stade, je ne sais plus quoi en penser. Ma boussole est détraquée et j'en viens à regretter de ne pas prendre de drogues. Iron Maiden est bien en voyage intergalactique mais j'ai bien peur d'être resté à quai, seul comme un con.Guillaume : Olivier a l'air d'apprécier sa salade de fruits. "The Man Who Would Be King" est un morceau assez anecdotique dont je ne retiens presque rien au bout des huit minutes. Ma page reste blanche. Je n'ai rien noté à part qu'Olivier vient de finir sa salade de fruits.
10. "When the Wild Wind Blows" [10:59]
Guillaume : Ca se gâte sévèrement avec ce dernier titre. L'intro du morceau ressemble à "Je te donne" de Jean-Jacques Goldman et le refrain pourrait être du Matmatah si les paroles étaient en français. Pas facile du tout pour finir...Olivier : Dans la grande tradition Iron Maiden, chaque album se termine par l'épopée suprême : le morceau de plus de dix minutes. Autant sur certains autres de leurs disques, on l'attendait avec impatience, autant là, au vu de ce qui précède, on en vient à le redouter. Ici, ce dixième titre fait office de festnoz apocalyptique. Ca démarre joyeusement comme une B.O. pour les scènes de banquet finales des Astérix et Obélix. Puis, c'est la course à la note et la déferlante de breaks en tout genre. A tel point que l'on a l'impression d'être passé dans une essoreuse quand ca s'arrête.
Conclusion
Olivier : The Final Frontier n'est pas un album facile. C'est le moins que l'on puisse dire. Avec sa moyenne de 7 minutes par morceau, Iron Maiden a rarement été aussi progressif. A croire qu'il veut faire passer Dream Theater pour Nirvana. Chaque titre se conçoit comme une épopée avec ses diffèrents niveaux d'écoutes et ses univers parallèles. On pense parfois à Seventh Son Of A Seventh Son sans la force mélodique de ce dernier. Dans ce grand fourre-tout musical, c'est ce qui manque : les accroches mélodiques. The Final Frontier n'est pas exempt de réussites mais au terme de son écoute, on a l'impression qu'il n'y a pas de pilote dans ce vaisseau spatial. Comme si chaque musicien était livré à lui-même. A trop vouloir en faire, Iron Maiden risque de perdre ses fans les moins "musicologues". Ce qui nous empêchera pas de chanter "I'm running free !!!" lors de la prochaine tournée. Parce qu'Iron Maiden, c'est un peu comme Sylvester Stallone. Il a beau avoir signé un paquet de films de merde, on est toujours content de le retrouver.Guillaume : J'ai plus faim. Merci.
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