Interview du 17/03/2011
Vulgaires Machins : interview Requiem pour les Sourds
Les Vulgaires Machins sont en tournée française du 10 au 19 mars afin de nous présenter sur scène Requiem pour les Sourds paru sur Guerilla Asso. C'est l'excuse parfaite pour discuter avec Guillaume Beauregard (chant/guitare) de l'actualité du groupe, de sa musique, du business, de son statut au quebec, de la notion d'engagement, de cinéma et de cette envie d'expériences nouvelles qui guident le parcours des québécois depuis plus d'une décennie. 1-Perçois-tu Requiem pour les Sourds comme une réaction à Compter les Corps ? D’où est venu cette envie de revenir à une tournure plus brute et punk rock ?
Rien n’a été calculé à ce niveau là. On a passé 6 mois à écrire près de 25 chansons. Les choix finaux ont davantage déterminé la direction de l’album que l’écriture en tant que tel. Rien n’a été vraiment réfléchi. C’est un album très spontané dans la démarche d’écriture. Le fait que plusieurs qualifient l’album comme étant plus punk nous a beaucoup surpris. Dans notre esprit, l’album est plus rock!
2-Tu as déclaré dans une entrevue que Vulgaires Machins était à un tournant de sa carrière ? Qu’entendais-tu par là ?
Je pense que le groupe a fait le tour d’un certain nombre de sujets et de thèmes. Il nous apparaît à ce niveau assez évident qu’il nous faudra réinventer notre écriture pour continuer de se surprendre et surprendre les fans. Comme un vieux couple. On a envie de tourner la page sur une portion de ce que Vulgaires Machins a été depuis 15 ans pour redécouvrir la musique et le plaisir d’en faire en prenant plus de risques et en prenant des avenues jusqu’ici inexplorées dans les textes et la musique.
3-Sous ces aspects pop et mélodiques, Vulgaires Machins a toujours été un groupe revendicateur. Votre colère est-elle la même depuis 15 ans où a-t-elle évolué ? Si oui, comment ?
Je pense que le simple fait de gagner en maturité à travers les années a certainement fait disparaître beaucoup de naïveté. En contrepartie, on a gagné en lucidité. Le monde de la musique nous apparaît aujourd’hui comme étant beaucoup moins mystérieux. Cela nous permet d’avoir un meilleur contrôle sur ce que l’on cherche à amener sur la scène et sur nos albums.
4-"Une chanson acoustique" critique-t-elle cette nouvelle mouvance acoustique actuellement en vogue ?
Pas vraiment. C’est beaucoup plus personnel comme chanson que ça puisse sembler l’être. D’un point de vue personnel, c’est une chanson qui traite du besoin qui existe encore après tant d’années et malgré notre âge, de faire une musique que bien des gens considèrent comme une musique de jeunes. Au Québec du moins.
5-"Parasites" aborde le sujet des grosses maisons de disques. Tu écris « nous sommes des parasites, nous sommes des putes. nous sommes l’industrie du disque. Nous sommes la crosse du siècle ». Que t’inspire cette mort annoncée des majors ? cette crise est-elle méritée ?
Complètement méritée. L’industrie trouve toujours un moyen de s’enrichir sur le dos des artistes. Ça n’est pas nouveau. On le voit aujourd’hui par la nature des nouveaux contrats qui sont proposés aux artistes. Le pourcentage de profits que les compagnies de disques s’octroient au niveau des produits dérivés, des cachets de concerts, des éditions etc. Heureusement, bien que pour le moment ce soit les fournisseurs d’accès internet qui gagnent au change avec le phénomène de téléchargement, la mort annoncée de la copie physique ouvre les portes à des carrières plus indépendantes. De plus en plus de nouveaux groupes réalisent combien il devient de plus en plus obsolète de signer des contrats de disques qui les lient à des compagnies pour plusieurs années. Internet offre des options au niveau de la promotion qui n’existaient pas il y a à peine 10 ans.
6-Que vend Vulgaires Machins au Québec ? Vous avez été numéro 1 à la sortie de Requiem ? Qu’est ce que cela représente pour vous ?
Un peu plus de 25 000 copies de l’album précédent ont été vendues. Requiem pour les sourds s’y rapproche. Cela prouve que bien qu’on fasse une musique relativement alternative, relativement boudée par l’industrie, il est possible de rejoindre les gens un peu partout. Cela confirme la pertinence d’un groupe comme Vulgaires Machins au Québec et même ailleurs. Le fossé entre la musique pop et le rock au Québec est immense. Il faut se battre pour redonner au rock la place qui lui revient.
7-Quelle est la part de ventes numériques pour Vulgaires Machins ?
…?... Marginales.
8-Vulgaires Machins dérange-t-il au Quebec ? Je me souviens de la censure qu’avait subi le clip "Anéantir le Dogme".
C’est une question difficile à répondre. Je dirais de moins en moins. Pour la simple et bonne raison que la pertinence et la popularité du groupe étant en quelque sorte établies, les promoteurs, les radios commerciales et les médias en général ont moins de réticences à faire une place au groupe.
9-Après avoir cherché à signer avec de grosses structures en France, vous voilà sur Guerilla Asso où "les contrats" (inexistants) se font à la poignée de mains autour d’une bière. Pourquoi ce changement de politique ? Avez-vous été déçu par vos expériences précédentes en France ? Les promesses que l’on vous a faites n’ont été que peu tenues semble-t-il.
Extrêmement déçus. Nous aurions dû faire les choses de cette façon en France depuis longtemps. Bien que les structures plus grosses nous aient permises de vivre des expériences et d’apprendre à travers elles, on réalise combien cela est bien la seule chose que ça nous ait apporté. Les promesses de support n’étaient que balivernes. Heureusement, nous avons laissé bien peu de marge de manœuvre aux compagnies. 1 album à la fois. Notre réticence était fondée il faut croire. Vive Guerilla Asso !
10-Contrairement à la France, il n’y a pas d’intermittence au Quebec pour les musiciens. De quoi vivez-vous ? des concerts ? Des ventes de disques ? Le système de l’intermittence vous donne-t-il envie ?
Nous avons au Québec plusieurs programmes de subventions. Ça n’est pas l’intermittence que vous avez mais, au bout du compte, je pense que ça revient à peu près au même. Nous vivons maigrement des bourses de production qui nous sont accordées et des activités du groupe. À commencer par les concerts, en effet.
11-Que conseilleriez-vous aux groupes français qui veulent jouer au Quebec ?
Chantez en Français! Les milliers de groupes anglophones d’ici sont meilleurs que vous et n’ont pas d’accent en plus.
12-"Texture qui se mange", le nouveau single au Quebec, est un appel à l’écologie ? un pamphlet anti malbouffe ? Il y a petit côté films de zombie dans ce clip.
Un peu tout cela. Mais en ce qui nous concerne directement, c’est aussi un appel de détresse très égoïste de notre part. Nous sommes tous de grands épicuriens qui adorons manger. La bouffe sur la route est loin de nous satisfaire. Bien que nous connaissons dans certains coins du Québec les bons restaurants, il reste encore beaucoup de chemin à faire pour revenir de tournée sans les maux de ventre qui viennent avec.
13-VM vient de s’associer à Greenpeace. Parle nous un peu de cette alliance ? Pourquoi vous tient-elle autant à cœur ?
Parce qu’apporter un peu de substance qui soit matière à réflexion dans les concerts du groupe a toujours fait parti de notre démarche engagée. Greenpeace se battent activement pour un monde meilleur. Cela nous interpelle. Ça a toujours été important pour nous que les concerts ne soient pas seulement matière à divertissement. Il en va de même avec notre association avec les éditions éco-société qui publient bon nombres de livres pertinents que nous vendons pour eux sur la route.
14-Tu as joué dans un film, Demain de Maxime Giroux ? Que conserves tu de cette expérience ? Est-ce quelque chose que tu aimerais réitérer ?
Le tournage du film a été une des plus belles expériences de ma vie. J’ai toujours dit que je recommencerais n’importe quand si on me proposait un projet dans lequel je me sente interpeller. Les zones d’inconfort sont souvent les plus riches pour apprendre de nouvelles choses sur soi : Comme quand je mets un objet dans mon cul.

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