Liz Cherhal : interview pour l'album Il est arrivé quelque chose
Accordéoniste, claviériste, flutiste, chanteuse et comédienne, Liz Cherhal est une artiste accomplie. Quand on écoute son album Il est arrivé quelque chose pour la première fois, on se dit que c’est frais, pimpant et pétillant… mais quand on se penche attentivement sur les textes, on reconsidère son appréciation. C’est aussi très intense. Les paroles écrites à la première personne sentent l’autobiographie à plein nez. Si elle exagère les traits, c’est pour mettre en évidence une mine de situations hilarantes et décalées. Ce ton jubilatoire nous permet de traverser avec ravissement son univers à la fois léger et grave, cynique, cruel et tendre. MusiqueMag a décidé de vous faire découvrir Liz Cherhal.
Votre carrière ne se résume pas à ce premier album.
Beaucoup connaissent mon expérience avec Uztaglote et mon album pour enfant avec Alexis HK, Ronchonchon et compagnie. Si on me demande si je commence avec ce premier album, j’ai envie de dire oui aussi, parce que c’est comme un nouveau départ, le début de quelque chose. J’ai commencé à faire des scènes en « solo », c'est-à-dire sans le groupe Uztaglote, en 2005. Ce spectacle a tourné pendant 5 ans et on n’a pas fait de disque. Pour le deuxième spectacle avec les chansons de ce disque qui n’existait pas encore, on s’est dit que, cette fois-ci, elles devaient exister physiquement… pour passer une étape. Pour aller un peu plus loin. Pour moi, ce disque est un genre de carte de visite.
J’imagine que votre expérience de groupe vous a apporté beaucoup de choses?
Je considère cela comme un stage professionnel, dans le sens où on a fait des concerts dans des cafés, dans des petites salles et dans plein d’endroits. C’était une époque où on n’avait pas l’idée de devenir professionnelle. On faisait tout et on prenait beaucoup de plaisir. Avec Uztaglote, j’ai découvert ce qu’était une tournée et un enregistrement en studio. Ce sont mes années de formations intensives… et surtout, c’était une aventure d’amis qui était très agréable.
Ce disque est très autobiographique. Vous le revendiquez.
Je raconte une bonne fois pour toute des histoires qui m’appartiennent. Maintenant que ces chansons existent, je me tourne vers autre chose. Aujourd’hui, je me retrouve à parler de beaucoup de choses qui datent d’il y a trois-quatre ans. J’ai commencé à maquetter ces chansons en 2008 et on est rentré en studio en janvier 2011. Ca a pris du temps et beaucoup de choses dans ma vie personnelle se sont déroulées depuis.
Maintenant que le disque est sorti, vous plait-il ?
Au niveau du son, et aussi de la pochette, il est comme je le souhaitai. En tant qu’indépendante, j’ai fait un peu ce que je voulais. Mon producteur était là pour me soutenir et pour m’aider à réaliser ce dont j’avais envie. Je suis hyper fier du disque et j’ai vraiment zéro regret. Ce disque est complètement en rapport avec ce que je suis. Tout à une raison d’être.
« Il est arrivé quelque chose » est une chanson, on s’en doute, très personnelle, pourtant je m’y suis retrouvé pour x raisons…
Pour moi, cette chanson était la plus intime du monde. Et pourtant, je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont dit que c’était leur histoire. C’est, finalement, hyper touchant. J’aime bien l’idée que quand on fait de la musique et que l’on chante des chansons, on chante pour soi et pour les gens qui sont autour.
Ca fait du bien de raconter des choses personnelles ?
Oui. Il faut avoir vécu de vrais évènements pour pouvoir les raconter. C’est pareil pour la sculpture, la littérature ou la peinture. Il n’y a rien de pire que les chansons aux kilomètres qui ne racontent pas grand-chose. En ce moment, je vais vous avouer que je suis complètement vide. J’ai l’impression d’avoir tout mis dans ce disque.
Vos chansons sont tristes, mais pas uniquement. Drôles aussi, cyniques beaucoup.
J’aime beaucoup faire rigoler. C’est agréable de rire et de faire rire. Au départ, les chansons étaient écrites pour la scène, pour les concerts et il n’est pas possible de faire des chansons uniquement plombantes. J’ai besoin, à un moment de faire rigoler les gens et de dédramatiser en étant positive.
Les textes sont beaucoup travaillés ou vous êtes une instinctive ?
J’écris et je réécris et je retravaille jusqu’à ce que je sois satisfaite de tous les mots.
Quand savez-vous qu’un texte n’a plus besoin d’être retouché ?
Quand les gens de mon entourage, qui écrivent des chansons, ne me posent plus de questions sur ce que j’ai voulu dire. Quand plus personne ne me fait de retour sur mes textes, je considère que c’est terminé. J’ai la sensation d’avoir fait une chanson correcte quand on me le dit. Il me faut un miroir.
Vous chantez le cynisme avec tendresse, le malheur avec le sourire… Est-ce que l’album reflète ce que vous êtes dans la vie ?
Comment je suis dans la vie, je ne sais pas. Comment je suis sur scène, je ne sais pas plus. Je dois être tout ça à la fois, avec un fond gentil tout de même.
Je sais que vous faites le distinguo entre la vie professionnelle et la vie personnelle.
Je distingue vraiment la chanteuse et la fille de tous les jours. Ce sont deux personnes différentes. Par exemple, je n’aime que moyennement que mes amis ou ma famille viennent me voir en concert. Avec eux, j’ai envie de parler d’autre chose. Je pense que cette envie-là de ne pas mélanger est plutôt saine.
Vous ne parlez jamais de chansons en famille ?
Si, mais comme une discussion de tous les jours.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier professionnellement. Il y a eu un déclic ?
Quand j’ai commencé avec Uztaglote, on a fait ça pour s’amuser. Et au bout d’un moment, on a constaté que l’on pouvait gagner de l’argent en vendant nos concerts. Et puis, j’avais l’exemple de ma sœur ainée, Jeanne, qui est chanteuse et qui gagne bien sa vie depuis quelques années… Aujourd’hui, c’est un confort de vie qui est extraordinaire parce que je suis contente d’aller à mon travail.
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