Charlie Winston : interview pour la sortie de Running Still
Charlie Winston, le bohème au borsalino (du moins ex) est de retour. Après l’incroyable succès de son album Hobo (600 000 ventes en France), porté par le single "Like A Hobo", le songwriter itinérant anglais nous livre un Running Still énergique et pétillant de trouvailles. Pour ce troisième essai, Charlie Winston se montre plus que jamais maître de son art et funambule à la croisée des genres. Blues, rock, soul, pop, hip hop, Running Still a le courage de ne jamais s'enfermer dans un carcan précis et de surprendre le long de ses 12 titres. Rencontre avec ce troubadeur des temps modernes.
Comment décrirais-tu ta relation avec la France ?
Charlie Winston : Je voyage constamment et je rencontre fréquemment des gens intéressants. Parfois certains d’entre eux comprennent tout de suite ce que j’essaie de faire et ce que je défends. Du coup, j’ai envie de passer le plus de temps possible à leurs côtés. C’est ce qu’est le public français pour moi. La France est comme un vieux pote qui sera toujours là pour moi. Dès notre premier rencontre, j’ai senti que notre relation serait forte.
Avais-tu une idée précise de ce que tu désirais enregistrer avec Running Still ?
Charlie Winston : Absolument. La chose la plus importante pour moi lorsque j’enregistre un disque est de pouvoir capturer le moment dans lequel je me trouve. Cela doit inclure d’où je suis et où je désire aller. C’est cette authenticité que je voulais capturer. Stylistiquement, j’ai voulu inclure des intonations plus rock et moins acoustique. J’ai voulu un disque très énergique avec des influences hip hop. Et toujours avec cette soif d’expérimentations.
Il y a également une cohésion de groupe qui se dégage à l’écoute de Running Still.
Charlie Winston : C’était une de mes priorités. Cela trois ans que je suis accompagné des mêmes musiciens. J’ai tenu à faire ce disque avec eux qui sont maintenant des amis proches. Ce disque devait être un témoignage de qui nous sommes en tant que groupe.
Tu sembles prolifique en tant que compositeur...
Charlie Winston : J’essaie de l’être. Une fois que j’ai eu terminé Hobo, je me suis tout de suite remis à la composition. J’ai entendu tant d’histoires de chanteurs ou de groupes qui débarquent en studio sans chanson avec une maison de disques qui leur met une pression folle. Surtout après un gros succès. J’ai tenu à éviter cette situation. Sur la route, j’ai écrit autant que je le pouvais. J’ai finalisé 27 tires. On en a conservé 12.
Quelle serait ta définition d'une bonne chanson ?
Charlie Winston : Une bonne chanson, c’est comme un cadeau que tu offres à un anniversaire ou à Noël. Elle doit être joliment emballée par une mélodie et placée dans un joli paquet qui sera l’harmonie. En ce qui concerne les paroles, il faut qu’elles procurent une émotion. Elles ne doivent pas forcément à chaque fois avoir du sens, car parfois des mots, des expressions suffisent pour créer une histoire. Une bonne chanson pour moi englobe mélodie, harmonie, rythme et une histoire ou du moins une forme d’émotion.
Que signifie le titre de ton album Running Still (Courir Immobile) ?
Charlie Winston : Il y a pas mal de références à l’eau dans ce disque. Je suis attiré par l’eau depuis que je suis gamin. Quelqu’un m’a suggéré d’appeler ce disque Still Running (Toujours en train de courir-. Car je suis toujours en train de bouger. Je ne reste jamais longtemps au même endroit. Depuis la sortie de Hobo, je n’ai pas eu le temps de m’installer. Je n’ai pas de chez moi. Je dors là où je suis. J’aimais ces mots Still Running. Mais je n’aimais pas le fait que cela souligne et mette en valeur le mot Running (Courir). D’autant plus que mon envie actuellement est d’arrêter de courir dans tous les sens. J’aime les oxymorons. Du coup, j’ai inversé les mots en running still. Courir Immobile. Comme une rivière ou la mer. L’eau est toujours en train de bouger mais la mer donne l’impression d’être immobile, inerte. C’est ce que j’aimerai être. Je veux continuer à être actif, prolifique mais être plus stable en tant que personne.
Peux-tu nous parler du titre "Speak To Me", un morceau entièrement acapella ?
Charlie Winston : Il doit y avoir près de 100 pistes de voix sur ce titre. On a tout enregistré en une journée. C’est un exercice expérimental facile pour moi. J’avais travaillé il y a quelques temps sur un album entièrement acapella appelé Mistress. "Speak To Me" a pour thème la bouche. Le problème des morceaux acapella est qu’ils sonnent souvent très midi et sec et manque de ces sons que créent les cymbales et les instruments plus aigues. J’ai fait au moins six pistes sur lesquelles j’imite le son des cymbales. Puis on les a assemblé pour retrouver ce son humide. Pas aussi sec que Bobby Mc Ferrin ou même Camille.
Quels sont les artistes que tu admires aujourd’hui ?
Charlie Winston : Mes héros sont des gens comme Tom Waits, Bob Dylan, Nina Simone, Ray Davies des Kinks, Lennon et McCartney, George Gerschwin, Nick Cave, Bob Marle, Duke Ellington, Beethoven, Ray Charles, Bach, John Coltrane, Louis Armstrong, Ella Fitzegrald, Hemann Hesse, Mark Twain, Dali, Camu, Piaf, Brel, Brassens, Ravi Shankar, je peux continuer longtemps comme ça.
Pour conclure, quel serait ta playlist du moment CD, livre et film ?
CD : Metals de Feist. J'adore cette chanteuse. Elle est incroyable.
Film : Attack The Block de Joe Cornish
Livre : Babylon Revisited de F. Scott Fizgerald
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