Tom Waits : Bad As Me (chronique)
Chaque album de Tom Waits est un évènement. Bad As Me ne déroge pas à la règle. Il aura fallu attendre 7 ans avant de pouvoir entendre ce personnage culte à nouveau rugir et exorciser ses démons sur un enregistrement.
La dernière fois que le californien était sorti de sa tanière, c’était en 2004 pour un Real Gone, cryptique et distordu. Et finalement quelque peu déroutant. Une oeuvre pas facile d’approche qui a déboussolé une partie de son public. Cette fois-ci, la donne a été inversée. Tom Waits a voulu avec Bad As Me un disque immédiat aux racines solidement ancrées dans le patrimoine américain. A la fois jazz, blues, rock, folk et bluegrass, cette collection de chansons de trois minutes rend sa poésie plus limpide, bien que toujours aussi déglinguée, schizophrène et possédée.
Tom Waits y déborde de furie (« Bad As Me) mais ne manque pas non plus de tendresse (le très beau « Kiss Me »). Avec Bad As Me, il nous ouvre les portes de son bar de nuit où rôdent les fantômes de Kurt Weill, Captain Beefheart ou encore Leon Redbone. Dès « Chicago » et « Raised Right Men », on sent Tom Waits en plein possession de ses moyens et visiblement heureux d’être là. Comme à son habitude, la plus belle gueule cabossée du rock américain a su s’entourer de musiciens à forte personnalité. Keith Richards des Rolling Stones dégaine sur trois titres, Les Claypool de Primus sur un, Flea des Red Hot Chili Peppers sur deux. On retrouve également son fidèle acolyte le guitariste Marc Ribot ainsi que David Hidalgo de Los Lobos. Et bien sûr sa femme Kathleen Brennan reste aux commandes en co-signant avec les lui les textes et la musique.
Introduit au Rock’n’Roll Hall Of Fame par Neil Young en 2008, célébré par Scarlett Johansson sur un album de reprises, défendu bec et ongles par PJ Harvey, Charlie Winston, Beck ou encore Deus, Tom Waits possède un statut à part dans l’univers des songwriters américains. Adulé par ses pairs, l’artiste de 61 ans n’aura pourtant jamais connu de véritable succès populaire. Mais sa marque est profonde et son univers identifiable dès la première note. Tom Waits, c’est ce chanteur à la voix rauque du Cookie Monster dans Rue Sésame, ce bluesmen au chant crépusculaire qui donne l’impression de s’être enfilé à lui seul toutes les bouteilles de houblon du bar. Tom Waits, c’est ce type à la mine patibulaire que l’on a vu hanter les œuvres de Jim Jarmusch. Grâce à ce 17éme essai qui n’a pas fini de nous hanter, Tom Waits souligne un peu son statut de légende vivante.
par Olivier Portnoi
Note : 8 /10
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Bad As Me
de Tom Waits
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